Beaucoup attendaient de comprendre comment cette élection avait pu aboutir à un tel résultat. Pierre S., directeur de l’établissement le premier, et « avec gourmandise ». Un seul tour, trois binômes candidats, et un résultat à faire pâlir les compteurs : 26 voix pour Manon et Germain, 25 pour Annette et Baptiste, 22 pour Elsa et Mathis.
Quatre voix séparent le premier du dernier. Une seule voix sépare les deux premiers. Une élection qui s’est donc jouée à un cheveu près. Mais comment expliquer un résultat aussi serré ? Et surtout : le mode de scrutin y est-il pour quelque chose ?
Un scrutin qui permettait de voter… deux fois
Pour comprendre le résultat, il faut d’abord revenir aux règles. Chaque électeur pouvait choisir un bulletin, deux bulletins… ou aucun. Un détail loin d’être anodin dans une élection à trois binômes. Car contrairement à un scrutin où chaque électeur doit départager clairement les candidats, celui-ci permettait de soutenir simultanément deux candidatures.
Avec une participation record de 89 %, une grande partie des électeurs aurait ainsi choisi de glisser deux bulletins dans l’urne, selon une étude menée par la rédaction. Résultat : les bulletins en faveur d’Annette et Baptiste et d’Elsa et Mathis auraient fréquemment été accompagnés d’un troisième nom dans les urnes : celui de Manon et Germain.
Manon et Germain, le vote refuge ?
Selon Corinne V. et Marie T., la mobilisation des électeurs comme celle des binômes candidats serait « une première », largement encouragée par Deleguez. Mais au-delà de la mobilisation, une autre dynamique pourrait avoir joué : celle du vote de continuité.
C’est en tout cas l’hypothèse défendue par Anatole G., doctor of philosophy de la University of Oxford et auteur d’une thèse en capillarité consacrée à la calvitie de Franck Lebœuf. « Manon et Germain représentent la continuité, c’est un vote de confiance et de stabilité », explique-t-il à Deleguez. « Évidemment, il est capital de noter que, parmi les personnes masculines, Germain est celui qui a le plus de cheveux » : un élément qui, selon lui, serait déterminant dans la confiance accordée par les électeurs.
Une théorie aussi improbable que séduisante, qui permettrait toutefois d’expliquer un phénomène bien réel : dans un scrutin où deux choix étaient possibles, Manon et Germain auraient pu bénéficier d’une forme de vote de sécurité, venant s’ajouter aux voix de leur propre électorat.
Une dilution qui change tout
Le scrutin aurait ainsi produit une forme de dilution des voix. Un électeur pouvait soutenir Annette et Baptiste sans pour autant renoncer à Manon et Germain. Même chose pour Elsa et Mathis. À l’inverse, les électeurs de Manon et Germain n’étaient pas nécessairement contraints de choisir entre leur binôme et un autre.
Grâce aux données des sondages Ipsauce-Samouraï récoltées par Deleguez, il est tout à fait vraisemblable que, dès le lancement de la campagne de Manon et Germain, les deux autres binômes aient subi une perte relative de voix, certaines ayant pu se reporter vers ceux qui auront finalement remporté le scrutin.
Le problème n’était donc peut-être pas seulement de savoir qui avait convaincu le plus d’électeurs, mais qui avait réussi à être choisi en plus d’un autre candidat. Et avec seulement une voix d’écart entre les deux premiers binômes, cette mécanique prend une importance particulière.
Reste désormais une question : que faire face à ce résultat ? Plusieurs solutions se présentent à la 101e La première serait d’instaurer un second tour. Les deux binômes arrivés en tête pourraient alors débattre à nouveau avant que la 101e ne choisisse celui qui pourra le mieux la représenter. La deuxième consisterait à modifier le bulletin de vote : un seul bulletin pourrait être inséré dans une enveloppe scellée, elle-même déposée dans l’urne. Dans le cas où deux bulletins se trouveraient dans l’enveloppe, le vote serait considéré comme nul. Et puis il reste une troisième possibilité : n’autoriser que des binômes réellement mixtes – 100 % école et alternance – à se présenter.





